En lisant et relisant les lettres de Léopold Mozart, au cours de leur grande tournée européenne de 1763 à 1766, le personnage de Marie-Anne Mozart, surnommée “Nännerl”, a attiré mon attention. La soeur aînée de Wolfgang, elle-même enfant prodige, profita d’abord des soins attentifs d’un père stupéfait par ses talents musicaux. Son jeune frère Wolfgang fut ensuite témoin de cette pratique de la musique et dès qu’il démontra des talents analogues, son père délaissa la fille au profit du fils. Nännerl dut subir cette perte d’intérêt venant d’un père adulé et sa jalousie à l’égard de son frère (de quatre ans son cadet) fut un élément important dans son enfance.
Nännerl Mozart me fit penser à Camille Claudel, Adèle Hugo, ces femmes artistes empêchées dans la pratique de leur art, se débattant parfois jusqu’à la folie pour exister.
Tout en me référant à la réalité historique, je m’en suis démarqué, inventant une adolescente de presque 15 ans, consciente de sa problèmatique et qui entre en conflit avec ce père décevant qui lui interdit la pratique du violon et la composition musicale. Elle rencontre les trois dernières filles de Louis 15 à l’abbaye de Fontevraud, tombe amoureuse du Dauphin de France, et développe à travers son amour ses dons pour la musique.
Le film développe trois thèmes à travers cette histoire: l’adolescence et les premiers sentiments amoureux, la création artistique interdite aux jeunes filles et l’enfant de remplacement.
L’adolescence d’abord. Ce moment magique, complexe, contradictoire qui provoque conflits, emportements mais aussi amours passionnels, amitiés fortes, générosité.
La création ensuite. Avant la naissance de Marie-Anne, trois enfants sont mort en bas-âge, parmi eux, deux petites soeurs qui ont porté le même prénom. Nännerl est donc investie d’une “mission de remplacement” propice à la création artistique. L’entraver dans cette voix, c’était prendre le risque de mettre en péril son équilibre mental.
Faire un film sur Nännerl Mozart, inspiré par la fiction et basé sur la vérité, est une tentative de lui rendre justice au nom de toutes les filles écartées de la création artistique à cause de leur sexe.